Un article de #FlorentNaranjo. Partagez-le !
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Pour analyser  la dernière conférence sociale la thématique la plus répandue est celle d'un échec pour le pouvoir et sa politique de dialogue social. La non participation des principales organisations syndicales serait le signe le plus tangible de la crise de la politique sociale de ce gouvernement et du président.

Même dans la gauche la plus radicale, c'est le thème de la dérive, de la trahison qui semble l'emporter avec en ligne de mire l'échec annoncé, inévitable : en tournant le dos à sa base sociale le PS se condamne lui-même. Il y a dans les formes les plus extrêmes de condamnation, l'espoir d'un redressement face au désastre, d'un sursaut du peuple de gauche qui contraindrait la majorité, ou une partie d'entre elle à changer. L'attitude vis à vis des frondeurs du PS est significative : leur reprocher de ne pas voter contre les lois gouvernementales c'est laisser croire qu'il suffirait d'un recours à une «  pureté de gauche  » pour créer les conditions d'un changement politique. L'échec du Front de gauche à recueillir les «  déçus de la gauche  » montre que ce n'est pas si simple.

La crise du système politique, mais plus largement de la politique comme moyen de changer la société, est là. Nous devons intégrer cette donnée.

De ce point de vue, ce qui peut  apparaître comme absurde dans les décisions gouvernementales traduit un choix, une logique de recomposition de la politique et du système que nous ne pouvons ignorer.

Le bilan de la conférence sociale se présente alors sous un autre jour : c'est une étape supplémentaire dans la mise en place de ce qui, pour y donner un lustre idéologique, est maintenant baptisé « socialisme de l'offre » et « affirmation d'une nouvelle gauche ».

Dans la ligne du pacte de responsabilité, mais en franchissant un degré supplémentaire de soumission aux revendications patronales, Valls annonce que le gouvernement recule dans le temps ce qui était négocié en matière de pénibilité pour la retraite. Cette provocation (puisqu'elle remet en cause la « victoire » de son principal allié syndical la CFDT et fait apparaître cette dernière comme ridicule) n'est qu'une piqûre de rappel douloureuse du thème central de l'argumentation du PS : le chômage est intolérable mais on ne peut y mettre fin que par la relance des entreprises qui seule relancera l'emploi. Cette nouvelle version du théorème de Schmid impose de tenir compte des difficultés, des besoins, des demandes des entreprises. Toute la conférence sociale a servi à conforter cette offensive idéologique. C'est ce qui justifie que Hollande, puis Valls, prennent acte du boycott des organisations syndicales en notant qu'elles s'excluaient elles mêmes du débat public.

Une fois de plus c'est la marginalisation des forces qui luttent qui est mise en scène par les responsables du pouvoir : il y a une réalité est ceux qui ne veulent pas l'admettre ont toujours le droit d'avoir tort ! Cette pensée unique se donne  à voir tous les jours : quand y a-t-il des émissions à des heures de grande écoute ans les médias pour que des syndicalistes expliquent leurs points de vue, répondent à des objections : pas de pluralisme, pas de démocratie, …

Ce mépris, ce désintérêt pour ce que pensent des parties importantes du peuple de gauche nous le retrouvons dans la prise de position scandaleusement pro-israélienne de Hollande et dans son adhésion aux manipulations médiatiques sur cette affaire.

Comme si chaque évènements devait donner lieu à la soumission aux pouvoirs en place, à la soumission à la loi du plus fort !

Après quelques « protestations » d'usage banal le dirigeant de la CFDT s'est rallié au nouveau cadre du plan de responsabilité sans contrepartie réelle pour les salariés. C'est l'effet de sa soumission idéologique au libéralisme et l'acceptation de la primauté du patronat, idée qu'elle pense largement partagée par sa base. Mais elle estime aussi qu'il y a là un espace à prendre à la faveur des difficultés stratégique du syndicalisme de lutte : la direction confédérale joue sur la disparition d'un syndicalisme fondé sur des collectifs de salariés contre les patrons et son remplacement par une représentativité syndicale validée par le haut par le pouvoir politique sur la base d'une représentativité électorale dans les élections internes aux entreprises (où toute une partie du salariat n'a pas sa place). Voici donc la démocratie sociale organisée suivant des règles qui sont celles-là mêmes en crise dans le champ du système politique. On retrouve là les caractéristiques que l'on voit à l'œuvre : une démocratie quasiment censitaire qui accepte que de larges parties du peuple n'exercent plus leur droit de citoyen.

Toutefois, rien n'est joué, et surtout pas le succès du PS et de son groupe dirigeant dans cette tentative de construire un consensus centriste contre nous et contre la droite. La crise de cette dernière, sa décomposition pourrait apporter à Hollande le temps nécessaire pour mener à bien sa dissolution du peuple de gauche et son remplacement par les nouvelles bases sociales – des cadres moyens modernes - recommandées par Terra Nova.

L'ampleur de la mutation organisée par le groupe dirigeant du PS et de l'Etat est telle que les stratégies anciennes ne fonctionnent plus : il ne suffit plus de « rééquilibrer la gauche », de gauchir une nouvelle majorité rouge rose verte qui existerait déjà. Il ne suffit pas non plus de radicaliser des mouvements sociaux pour arracher des revendications mettant en cause la logique de la politique néolibérale.

Nous devons travailler modestement à notre place pour une crise sociale et politique qui grippe le fonctionnement des institutions, qui casse la logique d'austérité.

Nous ne partons pas de rien et c'est un des apports du FDG : la tentative de marginalisation de notre camp, sa réduction à un rôle symbolique a échoué-; au contraire les prises de distance d'EELV ou de la gauche du PS (pour limitées qu'elles nous apparaissent suivant les critères traditionnels de la vie politique) sont un élément positif, l'ouverture de discussions nécessaire..

Nous devons viser une crise qui change les termes du débat politique sous peine de voir une réponse autoritaire (droite et extrême droite) s'imposer.

Pour ce faire, se pose dès aujourd'hui la question de la constitution d'un front politico-social qui par ses luttes, ses exigences soit à l'origine de la mise en crise du système et fasse valoir bien avant la crise ses propositions d'alternatives : c'est à cela plus qu'au seul commentaire de la politique gouvernementale qu'il faut donner la priorité (en soutenant les propositions du Collectif après la Marche du 12 avril).

La question des mobilisations populaires est centrale et nous devons organiser le débat sur la stratégie, la popularisation des mobilisations, leur mise en commun pour en faire des outils de construction d'une alternative. Il nous faut un cadre collectif où puisse se discuter les expériences de reprises d'entreprises, où puisse se discuter les bilans des luttes qui ont marqué et qui marquent encore la période  : la SNCF où nous n'avons pas su en faire un enjeu commun, ou les actions des intermittents qui posent en termes politiques la question de la précarité mais aussi du travail ou celle de la démocratie.

Hollande a fait ses paris sur 2015 : dès maintenant, nous sommes attelés à le faire échouer pour que s’affirme une alternative sociale et écologique.

Etienne Adam.

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